Doit on baisser les prix à TOUT PRIX ??

graphiste en colère

Beaucoup d’entre vous ont déjà du lire la lettre ouverte « Partager Le regard », de Vincent Perrottet, dénonçant le manque de culture visuelle graphique dans notre société, provoqué par un total désintéressement des institutions pour celle-ci. Une longue lettre, très bien rédigée, et signée par plus de 3600 personnes. Je ne rentre pas dans les détails, mais prenez le temps de la lire, si ce n’est chose faite.

De cette lettre est né un article sur telerama.fr « Graphistes en colères : pourquoi ils ne veulent pas fermer leur gueule« , puis, « Le débat continue« . Les réactions ont été vives et nombreuses.

Effectivement, ce débat vous concerne tous, graphistes, artistes, institutions, studio de graphisme et de communication, et citoyens français.

Les conséquences de ce désintéressement pour la culture graphique amène les agences de communication à baisser leur prix ras les pâquerettes pour pouvoir répondre à la demande client au budget de plus en plus réduit et rester dans la courses, portes ouvertes. Mais à quel prix?

Doit-on brader notre travail pour rester debout?!? Selon moi, c’est de l’auto-mutilation; une mort programmée si on décide de prendre cette douce pente et se laisser glisser.

 

 

 

Comment les agences et studios créatifs réduisent les coûts au maximum?

Il y a une infinité d’excellentes agences créatives  qui, face au manque de travail [Conséquence de la crise + de la baisse d’investissement des entreprises + du manque de valorisation du travail de créatif + … ] trouvent toutes les combines possible pour réduire les coûts.

Entre ne pas travailler et gagner quelques euros.. bref, face aux pseudo-professionnels, aux designers débutants et aux petits studios de graphismes qui bradent les prix pour avoir une chance de rentrer sur la place de marché, les grandes agences cherchent des portes de secours. En voici deux exemples extrêmes, mais qui me semblent inacceptables.

Modèle A : Embaucher les meilleurs créas pour être plus compétitifs.

Comment? Lancer une campagne d’embauche sérieuse & « super cool », où les exigences restent hautes : expérience, C.V., software, créativité, attitude proactive, langues, portfolio … et parfois même bon cuistot, sportif, drôle … Tout est valorisé avec un système de ponctuation qui assure l’impartialité de la sélection et donc l’embauche du meilleur candidat.

Pas d’entourloupe, tout est clair: en échange, ils auront un poste de travail assuré pendant 6-8-12 mois dans une boîte super « bobo » où ils pourront bien développer leur carrière pro et où ils seront super heureux car l’ambiance sera extra. Le poste sera un peu plus qu’un simple travail, ce sera une authentique « expérience », avec un nom qui laissera tout le monde bouche bée : Manager Account de ce-qui-te-fait-plaisir [mais en anglais, car c’est beaucoup plus cool].

Ça sonne bien hein? Où est donc la clé? Que tout ceci sera en échange de RIEN, ou presque…On t’engage parce que tu es le meilleur, mais tu gagneras pas d’argent. Ah, mais c’est un Stage !! Ce n’est pas un travail-travail. On aurait dit, hein? Mais il faut venir tous les jours, aux horaires de tout le monde ou plus (8-10-12 heures).

designer

Modèle B : Se débrouiller pour que les stagiaires « paient » pour venir dans l’entreprise.

Le modèle B n’est pas nouveau, puisque certaines agences d’E.U. et d’Angleterre l’appliquent déjà. Il s’agit de former des jeunes créatifs directement in house, où les étudiants-stagiaires ne paieront pas une école de rêve pour réaliser un master, mais ils paieront directement l’entreprise, pour pouvoir expérimenter et apprendre en interne toutes les clés d’une des agences les plus prestigieuses. La propre agence de communication est utilisée comme académie, avec des marques réelles, des  clients réels et des projets réels. Les élèves sont donc en train de payer pour travailler !! Dans ce cas précis, les agences proposent des devis low-cost mais en plus, obtiennent un bénéfices extra en évitant de payer leurs stagiaires-employés.

Mauvaise pente

Baisser les prix n’est surement pas la bonne méthode, mais chaque agence sait quelle est sa stratégie et sa ligne de travail. Par contre, baisser les prix au détriment d’autres, ça n’est carrément pas honnête. Demander de l’argent au client afin de pouvoir développer  les projets dans de bonnes conditions, et si ça n’est pas possible, et bien il faudrait tout simplement ne pas accepter le projet.

Beaucoup de clients profitent de la situation actuelle. Mais il s’agit de rester honnête, avec les clients, avec les employés et finalement avec le marché créatif.

Certains diront que ces méthodes ont toujours existé, et que dans d’autres professions, c’est pire. Il est vrai que ces méthodes d’abus de l’apprenti existe depuis toujours… mais aujourd’hui, il s’agit surtout de satisfaire coute que coute le client, d’éviter le moindre conflit en exigeant qu’il mette le budget pour un travail dignement payé. On accepte par peur.

Où va-t-on?

Toutes les professions évoluent et se transforment. Rien de nouveau jusque là, mais il semblerait que notre profession, on la dévalue nous-mêmes. Certains en proposant, d’autres en acceptant.

Tout le monde est libre de proposer les offres qui créent des opportunités, et d’autres à les accepter. Chaque cas est un monde et tout est compréhensible et justifiable, mais il faut être conscient de où nous mène tout ça.

Les prix baissent pour ne pas remonter. Si on travaille à bas prix et qu’on incite tout le secteur à baisser leurs tarifs, on dévalue le travail, on contribue à compter sur des professionnels chaque fois moins bien payés, à avoir peu voire aucune ressource pour développer les projets, et finalement on se limite à la médiocrité. Et tout ceci pour quoi? Pour satisfaire le client, qui au moindre changement fuira pour une autre agence, qui sera moins chère. Nous entrons alors dans un abîme sans fin.

Et ceux qui acceptent les projets ouvrent la porte pour qu’au prochain projet, on leur disent la même chose. « Pourquoi dois-je te payer si il y en a beaucoup comme toi qui le font sans rien toucher? »

On est tous en train d’ouvrir la porte? Ou c’est que la porte est déjà bien ouverte et ça fait un bout de temps que circule l’air !!