Interview de Maud Rubeaud alias Hypaepa : « je n’avais aucune envie de faire des 4×3 tout ma vie – désolée pour ceux qui adorent ça. Mon truc c’était le digital. »

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Nous recevons cette semaine une webdesigner – graphiste freelance basée dans la région de Nantes : Maud Rubeaud ou Hypaepa sur le web et les réseaux sociaux. Elle nous fait part de son parcours assez traditionnel, de son aversion pour les travaux qu’elle a pu faire en école de communication visuelle et de son goût immodéré pour le digital.

Bonjour Maud et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview pour Printoblog. Pour commencer, pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ? Qu’est-ce qui vous a amené vers le graphisme et le webdesign puis à travailler à votre compte ?

Bonjour, Merci beaucoup de m’avoir proposée de participer à votre série de Print&rview. Ce n’est pas un exercice que je pratique souvent.

Mon parcours professionnel est on ne peut plus traditionnel. Je ne sais pas jusqu’où je dois remonter dans l’historique.

Après un Bac ES tout frais en poche, j’ai intégré une école de Communication visuelle sur Nantes (aujourd’hui Brassart). Je fais partie de cette vieille génération (eh pas si vieille) qui a appris le métier avec des pinceaux et des crayons de bois.

Nature morte, catalogue, le packaging… bref aujourd’hui tout ce que je fuis. J’ai appris beaucoup dans cette école, les bases, la rigueur et à ne pas prendre les remarques pour moi ; mais je n’ai pas pris de plaisir dans les travaux.

Extranet BN - Hypaepa
Extranet BN – Hypaepa

En sortant de l’école avec mon diplôme j’étais assez démoralisée, je n’avais aucune envie de faire des 4×3 tout ma vie – désolée pour ceux qui adorent ça. Mon truc c’était le digital. Mais en 2006, il n’y avait aucune formation et le webdesign en était aux balbutiements.

J’ai rejoint une webagency et ai fait mes armes pendant 3 ans là-bas. C’était une petite agence qui ne faisait que les sites des PME aux alentours, j’avais des envies de gros sites et de liberté.

Donc en 2009 j’ai pris mon envol et ai lancé Hypaepa, ma structure en freelance. Le métier de webdesigner existait enfin, le pratiquer en freelance était encore peu courant. Bref j’ai essuyé les plâtres, posé les premières questions sur les forums, fais des erreurs, tripoté en compta, etc…

Mais ça fait aujourd’hui 10 ans, pour RIEN AU MONDE je ne reviendrai en arrière. Partir en solo a été la meilleure chose qui me soit arrivée, chaque jour je me réveille avec la banane. Là j’ai vraiment trouvé le métier qui m’amuse.

 

En quoi consiste votre activité au quotidien ? Avez-vous une journée type ?

Impossible d’avoir une journée type car mon fonctionnement fait que je travaille chaque jour pour un projet différent. Au lieu d’avancer un projet à la fois : le commencer le terminer et passer au suivant j’avance 10 projets à la fois. Comme ça je n’ai jamais de temps de pause.

Mais globalement je traite les mails le matin, fais les retours de la veille ce que j’appelle les “pétouilles” et l’après-midi je coupe mon téléphone et je produis le gros projet du jour ; que je finis en général en soirée. Je sais que la méthode n’est pas celle recommandée, qu’il faut commencer par le gros projet et remplir sa journée de petite tâche, mais je me retrouvais à 16h à ne plus avoir de jus.

Ma journée commence à 7h, se fini à 21h et se compose de webdesign, gestion de projets, compatibilité, relation client, réseaux sociaux… Impossible de s’ennuyer.

 

Vous proposez un panel de prestations assez variées allant du design de logo, en passant par l’UX et l’ergonomie web, le webdesign et le graphisme ou même la conception de newsletter. Quelle est la partie de votre métier que vous affectionnez le plus et pourquoi ?

Sans hésiter le webdesign. C’est vraiment la carotte pour moi. Si un client ne me confie que de l’intégration ou de la création de bannières, je vais doucement l’orienter sur mes compétences de webdesign. Je ne suis pas du tout objective, pour moi c’est le cœur d’un projet l’UX / UI. La partie la plus excitante.

C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis mise à développer d’autres compétences. Pour qu’on me confie le design, j’acceptais de faire l’analyse ergonomique ou l’intégration. J’ai étendu mon savoir-faire sur les métiers annexe pour être sûre de toujours avoir le webdesign.

Et je suis contente aujourd’hui parce que les autres prestations me laissent quand même beaucoup de temps pour continuer à jouer avec Photoshop 😉 Et je suis toujours principalement identifiée comme webdesigner freelance.

Check my post
Check my post – Hypaepa

Vous vous êtes formée à l’intégration HTML / CSS à la suite de quelques déboires avec des développeurs. Vos connaissances techniques vous aident-elles à mieux collaborer avec eux sur vos projets ?

Effectivement je l’avoue. C’est par pur orgueil, en voyant mes designs mal intégrés (et ça arrive encore) que j’ai essayé de comprendre pourquoi ce n’était pas intégrable et surtout comment les rendre intégrables.

Oui, c’est un gros plus aujourd’hui. Car les agences savent que je livrerai un design juste techniquement et que s’ils ont besoin je prendrai la main sur le HTML/CSS.
Aujourd’hui, il y a encore un voile d’incompréhension entre créateur et technicien. Savoir jongler entre les deux apaise les relations et rassure le client. Il sait que je saurai mettre ma casquette d’intégratrice et la retirer quand il faudra plus de folie graphique.

Ce qui est valable pour l’intégration HTML est aussi valable pour la gestion de projet ou les agences me laissent aujourd’hui piloter en direct avec leurs clients.

 

Conseillez-vous à tous les webdesigners d’apprendre à intégrer ?

Je conseille aux webdesigners d’essayer de comprendre les contraintes d’intégration.

Il faut apprendre le HTML/CSS si ça vous intéresse, sinon inutile de s’infliger ça. Mais savoir qu’un design doit respecter des standards de format ou que le texte ne doit pas être en image est important. Car soit vous tombez sur un intégrateur sérieux qui s’arrange pour respecter le rendu, soit vous vous retrouvez avec un site qui trahit votre webdesign.

Pineau des Charentes
Pineau des Charentes – Hypaepa

Vous arrive-t-il de concevoir des supports papier comme des flyers, des cartes de visite ou autre ? Si oui, quels sont les supports print que vous demandent vos clients ?

C’est vraiment extrêmement rare. Je réalise des cartes de visites quand je fais une charte graphique, mais je préfère orienter mes clients vers un autre partenaire. Autant garder du temps pour ce que j’aime faire et ce que je sais faire. Et cela me permet de créer une relation commerciale avec un autre freelance qui m’envoie ses projets web.

 

Avez-vous des outils, des logiciels de prédilection que ce soit pour la gestion de projet ou spécifiques au webdesign ? Si oui, lesquels ?

J’ai commencé ma formation avec la suite Adobe, et ce qu’il y a de bien, c’est que quand vous connaissez les rudiments d’un logiciel, il est plus facile d’apprivoiser tous les autres. Donc aujourd’hui je travaille essentiellement avec Photoshop et Illustrator. Mais je reste quand même très au fait des nouveautés, et je pratique aussi (quoique moins souvent) Affinity Designer, Adobe XD ou encore Sketch.

Longtemps j’ai fait l’autruche, en pensant que Photoshop était l’outil complet pour faire du webdesign. Même si je n’ai pas trouvé son équivalent pour faire des chartes graphiques sympathiques, je n’en reste pas moins séduite par Sketch et tous ses outils automatiques qui facilitent la création d’une interface. Donc 2019 sera sous le signe d’une possible ouverture sur des outils qui augmenteront ma productivité. Mais je verrai toujours à ce que ma créativité ne soit pas pénalisée par un logiciel limité.

Concernant la gestion de projet, je suis encore en recherche de l’outil magique. Mais je crois définitivement qu’il n’existe pas. J’utilise bien entendu Gmail et Google Agenda pour la planification et l’échange avec les clients. Mais je m’adapte surtout à l’outil du client. Ils m’ont initiée à Slack, Assana, BaseCamp ou Write, je dois avoir des dizaines de compte d’ouvert partout. Le principal c’est d’être polyvalente et de ne jamais imposer son outil à un client.

GHEF
GHEF – Hypaepa

Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes qui veulent devenir webdesigner ?

Au-delà de conseils, c’est plus des traits de caractère à avoir.

Il y a plusieurs choses que j’aurais aimé que l’on me dise quand j’ai voulu me lancer. Je ne vais pas parler ici du statut freelance, qui est encore particulier et exigeant.

Mais il faut savoir que webdesigner, ce n’est pas aller à des workshop toutes les semaines, jouer avec un oculus ou encore designer la dernière application tendance. C’est beaucoup moins sexy que ça.

On travaille sur des newsletters d’assureurs, une interface de BTP, etc. Il ne faut pas s’attendre à aimer le sujet sur laquelle on travaille, mais aimer le travail tout simplement. Comme tout métier de la communication, il ne faut pas avoir peur de passer des heures à plancher sur un sujet qui ne nous parle pas forcément, quitte à s’arracher les cheveux (très souvent).

Comme première qualité, je dirais donc la patience.

La seconde qualité, c’est la curiosité. Il est tellement facile de se contenter des sites que donne votre client pour les recracher. Il faut, au contraire, proposer quelque chose de différent, ne pas avoir peur de se tromper. Au début c’est démotivant de se faire rembarrer une maquette sur laquelle vous avez passé près de 2 jours. Mais le sentiment d’avoir présenté quelque chose dont vous êtes fiers est plus important… même si le client apporte ensuite son lot de modifications.

Le dernier conseil que je pourrais donner, c’est de savoir se détacher d’un projet. À partir du moment où il est présenté au client, il ne vous appartient plus. Il ne faut donc pas prendre personnellement les remarques qui peuvent être faites sur votre travail, ni s’opposer à toute modification ultérieure. Ce que nous créons reste avant tout pour le client, donc si à l’issue de la mise en ligne, votre design souffre de quelques exigences farfelues il faut savoir les accepter.

Vetocom
Vetocom – Hypaepa

Quels sont vos projets professionnels pour 2019 ?

Voilà la question que je redoute toujours. “Quoi de neuf pour la suite ?”.

Je n’ai pas de grands projets dans les tuyaux. J’ai abandonné l’idée d’avoir un projet personnel à développer. J’ai pleins d’idées, mais mes projets clients sont plus urgents ; donc on verra plus tard (entendre jamais).

J’ai un équilibre agences / clients en direct qui me convient parfaitement. Et surtout le luxe d’avoir uniquement des clients sympathiques, qui me font confiance et surtout me laissent le temps. C’est le luxe ultime, de n’avoir aucune pression ni aucune angoisse en décrochant son téléphone. Donc mon projet professionnel pour 2019 est uniquement de renforcer la confiance que les gens ont en moi.

Je sais que je ne ferai pas ce métier toute ma vie. Donc pour les quelques années qu’ils me restent, je veux juste m’amuser.

Je crois que ma réponse est un peu décevante, 🙂