« Il faut que le client comprenne la valeur du métier. » Entretien avec Mickael Merley, D.A. et illustrateur freelance

illutration Mickael Merley

Cette semaine, nous accueillons sur le blog un Directeur Artiste / Illustrateur qui cumule son activité freelance et diverses expérience professionnelles depuis 2005 : Mickael Merley. L’occasion pour lui de nous raconter son parcours professionnels, ses aspirations et inspirations et son quotidien de professionnel des arts graphique.

Bonjour Mickaël et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview pour Printoblog. Comme point de départ, pouvez-vous nous détailler votre parcours professionnel ? Qu’est-ce qui vous a amené à commencer le graphisme et l’illustration puis à travailler à votre compte ?

Merci à vous également de m’avoir choisi ! Il y a donc fort longtemps (rire)…en 1998 (une bonne année) j’ai eu mon BAC ES et j’ai eu la chance d’intégrer une MANAA (Mise A Niveau en Art Appliqué) à Lyon…donc rien à voir avec l’économie. J’ai toujours aimé le dessin…et à l’époque c’était les balbutiements des mangas en France (passé les DA du club Dorothée…le coup de vieux …re-rire) et il n’y avait pas internet comme aujourd’hui pour découvrir tout ce qui peut exister en termes de BD-graphisme-illustration. Il n’y avait pas ou peu (très cher aussi) d’école pour faire de la BD. La MANA m’a donc dirigé vers un BTS en Communication visuelle.

Illustration de Michael Merlet pour Inktober 2017

J’ai suivi mon amie entre Toulon et Auxerre où j’ai mixé à l’époque travail dans la com (des petites agences sans « prétentions » mais à dimension humaine) ou des choses n’ayant rien à voir (rude période…avec en ligne de mire toujours la même éthique : plutôt manger des cailloux que de me brader).

Je me suis mis en freelance en 2005. Il y avait là aussi peu d’infos sur le net. C’était les débuts de kob-one ! Site qui m’a fort aidé et encore aujourd’hui ! Ensuite j’ai travaillé 2-3 ans en étant mi-free et mi-temps partiel pour une société qui créait du mobilier / archi pour chambre d’enfants. La crise de 2009 est passé par là et j’ai été éjecté comme 25 collègues de cette société (je garde cela dit un très bon souvenir de cette entreprise).

De 2011 à 2014, j’étais en poste comme graphiste dans une mairie (avec toujours un peu de free à coté), une bonne expérience ! Fin 2014, plus d’argent dans les caisses de la mairie. Bien évidemment la com, c’est la première chose qui saute ! On me débarque alors de mon poste. Finalement avec les 2h (aller/retour) de route à faire quotidiennement de chez moi, plus la naissance de mon fils – c’était le bon moment pour que cela s’arrête.

J’ai donc repris le free à 100% début 2015. Bref la vie du free n’est pas un long fleuve tranquille !  Pour ce qui est de mon commencement dans le graphisme ça vient d’un vieux site communautaire qui s’appelait MIS (Made In Strator). En agence, à l’époque et comme beaucoup, j’ai commencé à faire de la mise en page, les basics…l’illustration c’était le plus.

Désormais je mixe le tout, du branding (ou les éventuelles mascottes. Savoir dessiner reste un plus), le print et les dataviz / infographies ou la part d’illustrations (plus ou moins poussées) est importante. En plus de cela, j’ai la possibilité de créer des illustrations isométriques ou des cartes « touristiques » ou plans, de faire un peu d’éditorial (quand ça paye !). Un juste équilibre (parfois fragile) dans la vie de DA illustrateur freelance.

Infographie pour EDF de Mickael Merlet

 

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

C’est très varié et les journées ne se ressemblent jamais vraiment ou alors un léger roulement : des journées rythmées par de la veille graphique (behance, pinterest, folios etc.), du démarchage, du réseautage (Twitter, slack et mon « cornet* » de free etc.) et bien sûr du la réalisation des prestations quand il y en a ! Sinon sur les temps plus creux : je fais de l’illustration ou des « sides projects » qui me serviront au démarchage en termes de style ou compétences.

Brochure et illustration réalisées par Mickael Merlet

Bref, je n’ai pas de routine…je peux aller faire un jogging pendant 30 min ou 1h30 de vtt si le planning le permet. Je suis free et homme de foyer (il est conseillé de sortir de devant l’écran toutes les heures : faire les courses, le potager ou jardiner…ou le ménage, lancer une machine (rire). Cela dit,  j’ai eu une période assez morne de fin mars à juillet (ça ne m’était jamais arrivé en 3 ans) : j’en ai profité pour poser ma terrasse. Je manie le stylet et la scie circulaire sans souci. Bref chaque journée est différente !

(* groupe d’ami.e.s composé de DA webdesigners etc. de toute la France. Des connaissances de longues dates…pour certains on se dit bonjour via msn/skype puis slack depuis plus de 5 ou 7 ans quasi tous les jours …de l’entraide et beaucoup d’humour…comme de vrais collègues de bureau)

 

Vous êtes à la fois D.A et illustrateur. Quelle est la partie de votre métier qui vous plait le plus et pourquoi ?

L’un ne va pas sans l’autre et réciproquement. J’aime le branding ou réfléchir sur un support print ou la structure d’une dataviz. Reste qu’il y a toujours un peu d’illustration qui arrive à se glisser dans les projets…on m’appelle désormais pour ça…la compétence de pouvoir mixer les 2 ! D’avoir un projet global avec de l’illustration en plus pour dynamiser les supports ! Un plus assurément !

Infographie par Mickael Merlet

 

Vous avez un attrait pour la nature comme le montre votre série d’illustration « Alone in nature » et pour les sportifs. Qu’est-ce qui vous a inspiré ? Comment avez-vous affirmé votre style ?

Bizarrement, je crois que c’est le freelance qui m’a poussé à cette série « Alone in nature ». Le fait d’être « enfermé » dans mon bureau, de voir, pendant ma veille graphique, des comptes Instagram de folie avec des photos de montagnes. L’envie d’ailleurs et de grands espaces…entre le freelance, les travaux d’une maison à retaper et les enfants…les possibilités de s’échapper se sont drastiquement diminués.

Illustration vectorielle par Mickael Merlet

J’ai donc combiné cette amour naissant des grands espaces à l’illustration. Je ressens de plus en plus l’appel de l’extérieur…et j’espère pouvoir m’affranchir un peu de tout ce traintrain pour profiter du monde.

Illustration vectorielle par Mickael Merley

Pour ce qui est des sportifs c’est déjà un peu plus vieux. J’ai toujours aimé et pratiqué le sport donc je me fais plaisir quand je peux sur cette thématique. Après il est difficile de percer dans l’illu sportive. Du moins il y a peu de place ou peu de magazines. Les demandes resteraient donc ponctuelles.
Pour ce qui est du style (pour les Alones ou mes cabanes « Cabins Diaries » tout est vectoriel. Beaucoup de mes créations sont faites en vecto ! J’adore Illustrator et ça fait 15 ans que je travaille avec.

Illustration par Mickael Merlet

 

Quelles sont vos influences et quels sont vos artistes référents ?

Je me nourris et suis curieux de tout. De la peinture à la bande dessinée…tout est bon pour nourrir sa culture visuelle. Heureusement qu’il y a Pinterest et Instagram pour que je me souvienne des noms sinon…je « bouffe » littéralement tellement de ref quotidiennement (j’ai le clic facile) que j’en ai du mal à les retenir : mais dans mes refs que j’idolatre : Cruschiform, James Gilleard, Mark Oliver, Tommy Parker, Peter Greenwood, Owen  Davey pour le vecto…, Jay Fletcher pour la DA/branding ou DKNG… Tom Haugomat, Peter Voth, David Doran, Bruno Mangyoku, Vincent Mahé, Maité Franchi, Riccardo Guasco ou encore Steve Scott…je pleure tous les jours devant leurs folios 😀 Après des gens moins « médiatisés » offrent des folios tout aussi bons et beaux à voir !

Identité visuelle par Mickael Merley

 

Vous affichez clairement sur votre site « Compétition = rémunération ». Vous refusez de travailler gratuitement dans l’espoir d’obtenir un contrat, avez-vous encore des demandes de ce type ?  Quels conseils pourriez-vous donner à de futurs illustrateurs ?

Non je ne refuse pas de travailler gratuitement dans l’espoir d’obtenir un travail. C’est quasi le contraire et c’est une éthique (comme je disais plus haut) : je préfère manger des cailloux que de me brader. Tirer les prix vers le bas ou se déprécier…pas pour moi (je changerai de métier dans ce cas là…ça voudrait dire que ça ne fonctionne pas) !

Illustration Mickael Merley

Ce « sigle » signifie juste que je ne travaille pas gratuitement. Il arrive régulièrement d’avoir des demandes ou l’on demande au DA / graphiste de fournir un dessin, maquette gratuite ou pour voir si on fait l’affaire… le folio est quand même là pour ça. Il faut que le client comprenne la valeur du métier. Si on commence à faire des choses gratuites à chaque client, ce n’est pas vivable ! On ne demande pas à son boulanger de gouter une baguette avant l’achat ou à son charpentier de faire un bout de toit pour voir s’il n’est pas mauvais ? Idem pour le graphiste.

 

Mes conseils (après ça dépend dans quel secteur on se situe : éditorial, jeunesse, pub etc. les secteurs paient différemment), c’est d’essayer de se positionner sur un style ou une approche de son travail. Que l’on vienne vous chercher pour votre patte !

Illustration et mise en page Mickael Merly

Ensuite c’est de se « blinder » en termes de connaissances de négo-ventes, pour les devis, les factures et les cessions de droits. Être carré au possible avec les clients pour « protéger » le client mais aussi nous même !
Entre le site kob-one, le kit de survie (http://kitdesurvie.metiers-graphiques.fr/) et les livres (la fameuse et indispensable « bible rose » « Profession : graphiste indépendant de Julien Moya » qui existent il faut que les jeunes arrivant sur le marché soient au courant pour ne pas se faire manger tout cru !

Illustration Mickael Merley

 

Quels sont vos projets dans un avenir proche ?

Continuer à faire ce que je fais et étoffer ma palette d’illu. Je vois tellement de belles choses chaque jour qui me donne envie de tenter de tout faire, d’essayer déjà…et le temps passe hélas (#faitesDesGosses :D). J’aimerai pouvoir travailler le style des « Alones » pour d’autres marques ou projet autour de thèmes qui me parle (nature, écologie etc.) …ça serait chouette. Et donc continuer à vectoriser !

Illustration vectorielle Mickael Merley

Rapport d'activité VNF Mickael Merley