Interview d’Estelle Carmona, graphiste freelance à Lille : « Le print m’a toujours plus attiré, et ce, dès les premiers cours en école de graphisme. »

logotype et déclinaison packaging de la marque Deli’Cious

Nous accueillons sur le blog une jeune graphiste web & print qui exerce en freelance depuis bientôt 4 ans après quelques expériences en entreprise. Estelle Carmona nous raconte son parcours professionnel, son quotidien de freelance et son envie de proposer des illustrations à ses clients.

Bonjour Estelle et merci d’avoir accepté cette interview. Pour commencer, pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ? Qu’est-ce qui vous à amener à débuter le graphisme puis à travailler à votre compte ?

Bonjour et merci beaucoup à vous de m’avoir contacté !
J’ai eu la chance de savoir assez vite ce que je voulais faire comme études et ce qui me plaisait. Au collège et au lycée, avec un ami maintenant character designer et illustrateur en Angleterre, on faisait déjà des sortes de montages sur Photoshop, avec des projets un peu particuliers et décalés, comme mettre en scène nos rêves ou cauchemars les plus étranges ou détourner des campagnes de pub connues… Ah la belle époque ! À côté de ça, on avait aussi des projets plus traditionnels, en peinture et à l’aquarelle, que je garde précieusement. Cette envie de créer a donc toujours été là et j’ai été plus que ravie d’intégrer une école d’art suite à l’obtention de mon bac.

identité visuelle du restaurant Paris New Wok

Concernant mes expériences professionnelles, j’ai commencé par un stage en studio graphique et imprimerie qui était très intéressant. C’est une chance d’avoir eu comme première expérience l’opportunité de voir des projets de la réception du brief jusqu’à l’impression offset ou numérique, et de voir les différents métiers impliqués dans l’aboutissement des projets.
Suite à ça, j’ai intégré une entreprise de prêt-à-porter dont le site venait d’être créé. Il y avait donc tout à faire niveau graphisme, et beaucoup de mises à jour graphiques à effectuer tout au long de l’année. Je m’occupais également de toute la partie print de l’entreprise, comme les flyers, les petits dépliants se trouvant dans les colis, et même de la devanture du magasin. Ce fut donc assez complet comme première expérience de salariée. J’ai également souvent été chargée de m’occuper du service client au téléphone et par mail, ce qui m’a grandement aidé par la suite en freelance. J’aime d’ailleurs tout particulièrement être en contact direct avec les clients, ce qui n’est pas forcément le cas en salariat, (même si ça dépend de l’entreprise et du poste bien entendu).

J’ai d’ailleurs commencé le freelance car un de mes anciens collègues montait son agence web et avait besoin d’un(e) graphiste ! Expérience qui ne s’est pas passée aussi bien que ce que j’espérais, puisqu’après quelques mois, j’ai compris qu’il s’agissait plus de salariat déguisé que de vraies missions en freelance. Le forum Kob One et sa communauté m’a beaucoup aidé car il y a énormément de prévention à ce sujet. Consciente de ça, j’ai immédiatement arrêté cette relation professionnelle abusive et ai continué cette expérience seule en prêtant attention à toujours travailler dans le respect de mon métier, (et de moi-même, par la même occasion) !

En quoi consiste votre activité de graphiste freelance au quotidien ?

Eh bien cela dépend beaucoup. Cela dépend des journées, si je travaille sur un projet, ou si je suis plutôt en phase de prospection. Les journées peuvent être aussi nombreuses que variées, et c’est ce que j’aime dans le fait d’être freelance !
Je peux passer la journée au téléphone à prospecter des futurs clients potentiels, comme passer la journée dans les mails et dans les retours clients v9-bis-final.psd !
Il y a néanmoins quelques points communs au niveau de mes journées, comme avoir toujours quelques onglets de sites de veilles graphiques ouverts, que je consulte régulièrement. Ou encore une discussion sur Slack sur mon écran de droite, qui réunit plusieurs graphistes, DA, illustrateurs et webdesigners qui se connaissent pour la plupart depuis très longtemps ! Cela permet de partager, de s’entraider et d’échanger sur notre métier, et c’est très motivant au quotidien.

logotype et déclinaison packaging de la marque Deli’Cious

Vous êtes à la fois graphiste web et print. Quel support préférez-vous travailler ?

Le print m’a toujours plus attiré, et ce, dès les premiers cours en école de graphisme. Je pense d’ailleurs que j’étais une des seule de ma classe à aimer les cours sur InDesign !
J’aime beaucoup la liberté que l’on peut avoir en print. Cependant, je me retrouve souvent à travailler sur certains formats web (même si je ne fais pas de site internet), comme des habillages ou des bannières animées, et j’aime également cette partie de mon travail.

Vous avez commencé par le print avec une expérience dans un studio graphique et imprimerie, puis vous avez eu une expérience en e-commerce mêlant design print et web avant de vous lancer à votre compte. Comment s’est passée cette transition du 100% print au web ?

Ma première expérience en studio graphique & imprimerie était un stage, donc c’était assez court et je n’ai pas eu le temps de trop m’habituer à du 100% print.
La transition s’est donc faite naturellement et m’a menée vers une expérience vraiment complète et formatrice du print et du web en même temps. C’est d’ailleurs surement la raison pour laquelle je me suis positionnée sur les deux en étant freelance. Surtout qu’ils sont bien souvent complémentaires et les entreprises ont, pour la plupart, besoin d’être visibles partout. Mes compétences sont pour le moment limitées en web, donc lorsqu’il s’agit d’un projet qui nécessite des compétences comme la création de sites internet, je redirige le client vers un graphiste de mes contacts qui saura mener le projet à bien avec plus d’aisance et d’expertise que moi.

Vous avez de grandes marques parmi vos clients, notamment L’Oréal, Lancôme ou Nocibé. Est-ce plus compliqué de travailler pour de grands comptes ? ont-ils des exigences particulières ?

habillage du site Beauté test pour la marque Nocibé

Ils ont effectivement des exigences particulières et ne laissent pas beaucoup de liberté créative, on est assez limité.
Paradoxalement, le brief reçu n’est pas souvent très détaillé. Mais à force de travailler avec eux, j’arrive à savoir en amont ce qui est faisable ou pas (en fonction des marques), et ainsi proposer des choses à la fois créatives tout en restant cadrées. Ils refont appel à moi très régulièrement pour de nouvelles prestations et je suis ravie de travailler avec eux !

Quelle est pour vous l’importance du print dans la stratégie de communication d’une entreprise ? Quels supports de communication conseillez-vous à vos clients ?

Je pense que les supports de communication sont assez propres à chaque entreprise, dans le sens ou je ne conseille pas forcément les mêmes supports d’une entreprise à l’autre. Ça va dépendre de ce qu’ils veulent communiquer, comment, à qui, et aussi, forcément, du budget du client. Évidemment, on retrouve souvent la carte de visite, le dépliant ou les plaquettes commerciales… Mais je peux aussi travailler sur certains goodies, habillage de véhicule etc… J’ai récemment travaillé sur le covering d’un triporteur qui vendra des gaufres en épis sur la Grand Place de Lille (à voir bientôt sur mon site !), et pour ce type de projet, par exemple, il n’y avait pas de supports print à prévoir en plus, à part une affiche à côté du triporteur.

Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui envisage de se lancer en tant que graphiste freelance ?

faire -part

Je me suis lancée très tôt en freelance, et ce n’est pas forcément le cursus conseillé, et à raison ! Ça a plutôt bien marché pour moi au bout de 2 ans (parsemés de plusieurs moments de remises en question et de doutes), mais il faut en principe d’abord avoir plusieurs expériences ailleurs avant de se lancer.

Ensuite, s’il s’agit de quelques missions freelances pendant le cursus scolaire (étant donné que vous parlez d’étudiants), pourquoi pas.
Mais il est important de souligner que certaines entreprises profitent du manque d’expérience des étudiants ou diplômés juniors. L’étudiant n’ayant jamais eu à vivre de son métier aura lui aussi tendance à se brader… Et cela pénalisera les freelances concurrents !
Ils ne sont évidemment pas les seuls à vouloir proposer des tarifs réduits, des professionnels le font aussi. Il faut donc veiller à ne pas se brader même si cela paraît tentant, surtout au début.
On peut facilement se renseigner à ce sujet sur des forums, ou dans des livres servant à guider correctement les graphistes indépendants.
Pour finir, et on ne le répètera jamais assez : faites attention à tous les concours que l’on voit régulièrement et qui demandent aux graphistes de travailler gratuitement, en les mettant en compétition et en promettant une récompense au vainqueur. Cela perpétue une image biaisée et clichée de l’artiste travaillant pour la gloire et la passion. Il y a encore un long chemin à parcourir avant que tout le monde comprenne qu’on ne remplit pas notre frigo avec des « mais c’est ta passion ! » ou « on vous fera de la pub ! » … Mais on y arrivera !

Création d’illustrations avec un combi Volkswagen

Quels sont vos projets professionnels pour 2019 ?

Continuer dans ma lancée, en proposant de nouvelles choses à mes clients, comme de l’illustration par exemple. J’ai commencé l’an dernier un projet personnel d’un combi Volkswagen parcourant le monde à travers les saisons. Et j’aimerais intégrer petit à petit ce type de prestation à mes clients, en intégrant des petites illustrations sur les supports print. Mais je dois encore me perfectionner là-dessus pour arriver à un niveau plus abouti.