L'imprimeur en ligne Print O'Clock présente son blog : le Print O'Blog

Bonjour à tous,

Voici aujourd’hui une interview un peu particulière. Pourquoi particulière ? Il existe aujourd’hui sur la toile une divergence entre certains graphistes et les imprimeurs en ligne pour diverses raisons, et le dialogue n’est pas toujours au rendez-vous. C’est pour cela que Mamzelle Print a souhaité interviewer l’un d’entre eux en la personne de Jean-Philippe Matt, alias @jp_matt, concepteur graphique sur Strasbourg, et le laisser s’exprimer librement sur le sujet. Nous souhaitons le remercier par avance d’avoir accepté notre proposition et de nous livrer son sentiment sur le marché de l’imprimerie, sans langue de bois aucune.

Bonjour Jean-Philippe, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe MATT, j’ai 26 ans et je suis concepteur graphique print à Strasbourg. J’ai le parcours scolaire classique d’un enfant passionné par l’informatique qui a grandi avec internet : BAC Informatique et DUT Multimédia. Une fois ces diplômes en poche, j’ai décidé de tout plaquer pour aller travailler avec un medium plus historique : le papier.
Au niveau professionnel, j’ai travaillé dans des entreprises diverses et variées : imprimerie, agence de publicité, service communication d’une grande multinationale, tout en ayant depuis le début un statut de freelance en complément de revenus.

Concrètement, quels sont les différents aspects de ton métier (étapes de création, niveaux d’intervention, etc…) ?

Je suis à l’aise et j’aime autant la création que l’exécution. Dans la mesure du possible, j’essaye d’intervenir à chaque étape d’un projet dans la limite de mes compétences. Au niveau de mes missions salariées, j’ai travaillé dans des circuits cross-media (print, web, mobile) et d’optimisation du workflow print. A force, j’ai développé des compétences et de la technicité dans la création et l’exécution de longs documents tels que des catalogues, rapports financiers, magazines ou encore journaux.

Tu exerces ton métier principalement en tant que salarié, mais aussi en freelance. Que t’apporte ce statut ?

Le statut freelance m’apporte une plus grande liberté dans le choix et la conduite des projets. Ça me permet, comme je le disais précédemment, de pouvoir intervenir tout au long de la réalisation d’un projet. Malheureusement, il est très difficile de concilier salariat (temps plein, j’entends) et freelance sans laisser une partie de sa vie personnelle de côté. C’est pour cela que mes missions freelance sont très ponctuelles et uniquement sur des projets soigneusement choisis en fonction de mon planning professionnel et personnel.

Le métier de graphiste est souvent dénigré et je sais que tu te bats, aux côtés de nombreux confrères, pour le défendre. Quelle est ta vision du métier aujourd’hui et comment vois-tu son évolution d’ici quelques années ?

Effectivement, le métier de graphiste est souvent dénigré. Je pense qu’on souffre d’un déficit d’image (sans mauvais jeux de mots) auprès du grand public. Notre métier paraît accessible, grâce à la démocratisation de l’informatique et des logiciels, et les gens pensent pouvoir remplacer les services d’un vrai professionnel. Graphiste, c’est simple et tout le monde comprend, alors qu’un banquier c’est compliqué, on sait vaguement ce qu’il fait mais pas dans les détails. Il vaut mieux être banquier que graphiste pour être bien vu en société (ou tout simplement dans les dîners de famille).

Pour l’avenir, je pense qu’avec beaucoup de travail de notre « communauté » pour faire reconnaître notre métier et nos droits, les choses changeront ainsi que le regard des gens. On ne sera plus « informaticien » (combien de grand-mères pensent qu’on est informaticien ?) mais réellement graphiste. C’est un métier qui a de l’avenir car on vit de plus en en plus dans un monde de l’hyper-communication et de l’hyper-marketing.

Sans rentrer dans le débat sans fond pour savoir si le graphiste doit être polyvalent, pourquoi as-tu choisi de te spécialiser dans le print ? Quelles difficultés rencontres-tu au quotidien ?

Le débat entre expertise et polyvalence est intéressant. Il n’existe, selon moi, aucune vérité car tout est dépendant des projets (voir sondage sur Kiwoos). Pour ma part j’ai choisi la spécialisation dans le print et ce pour plusieurs raisons :

- j’ai toujours été attiré par le medium papier, inconsciemment, jusqu’à ce que je commence dans le métier il y a 4 ans. J’aime concevoir des choses qui sont tangibles, tactiles au vrai sens premier du terme. J’ai une vraie sensibilité vis-à-vis de la matière, du toucher. C’est une relation affective, quasi sensuelle.
- J’aime également le fait qu’on puisse aller au delà de l’écran. Il y a tout un pan de la création au niveau de l’impression et de la finition, ce qui accroît la plus-value d’un document imprimé et son impact chez l’utilisateur (et j’insiste sur ce mot).
- Dernier argument très subjectif : j’aime les choses qui ont une histoire, un vécu. C’est très important pour moi car, comme le dit si bien Ludovic Martin, le papier a de l’avenir parce qu’il a un passé.

Le print est un vecteur de communication historique, éco-responsable, éco-bénéficient (lire Cradle to Cradle) pour la nature, non-fossile et renouvelable. Et je me bats au quotidien contre les arguments du « tout numérique » estimant que chaque medium possède des qualités et des inconvénients.

En ce qui concerne les difficultés, je dois avouer que je n’en rencontre pas encore dans mon métier. Le medium papier est encore bien intégré dans le monde professionnel. Les annonceurs se tournent vers des plans de communication multi-canal tout en gardant le print au cœur (ou en marge) d’une communication globale. Au final, je pense très sincèrement que dans la conception graphique il y a du travail pour tout le monde, et pour toutes les spécialités. D’après plusieurs sondages, et malgré la montée croissante du numérique, l’imprimé est encore très bien ancré dans notre culture.

Certains graphistes n’ont pas une très bonne image des imprimeurs en ligne, tu rejoins cet avis. Quel est aujourd’hui ton sentiment face aux imprimeurs en ligne ?

Je dirais que tous les graphistes ont une mauvaise image des imprimeurs qui font du mauvais travail : que ce soit en ligne ou traditionnel. Partant de ça, pourquoi je suis plutôt contre les imprimeurs en ligne ? Tout simplement parce que depuis quelques années, je vois pulluler de plus en plus de sites d’impression en ligne notamment à l’aide de société spécialisé dans le web-to-print (pr*ntflux en tête de liste).
La démarche n’est pas forcément mauvaise et je trouve ça même plutôt bien que chacun fasse du business de son côté. Mais la facilité d’achat d’une presse numérique/offset doit aller avec un service au minimum qualitatif. Là, on assiste depuis quelques années à une déferlante de marketeux/communiquant qui pensent avoir trouvés le bon filon (tout comme les plateformes d’appels d’offres pour graphistes) en créant une boutique en ligne d’impression « discount ». Ils se concentrent donc sur le prix avant tout mais perdent totalement le cœur de métier à savoir : imprimer (et correctement si possible).

C’est ce positionnement qui me gêne en tant que professionnel et passionné parce qu’on voit très bien que le print est dans une période charnière de son histoire et que jouer la carte du prix au lieu de la qualité est une très mauvaise chose et ne fait que scier un peu plus la branche de l’arbre sur lequel on est assis.

Si le prix vient à être un frein avec un client, envisagerais-tu de passer par un imprimeur en ligne pour répondre à une demande ?

Il existe deux manières de fixer les prix en imprimerie :

- en fonction des charges de l’entreprise : calculer les coûts et charges et ajouter une marge
- en fonction du marché : trouver le meilleur processus de fabrication pour un prix au plus juste.

La meilleure solution étant de faire un mélange des deux : des prix en fonction du marché confrontés aux charges de l’entreprise. Un imprimeur en ligne est donc moins cher sur des produits calibrés et définis par son équipe technique et commerciale. Tout dépend de la demande client et de son niveau d’exigence, mais je ne suis pas fermé. Car comme partout, il existe des bons et des mauvais imprimeurs en ligne.

J’ai l’impression aujourd’hui que le dialogue entre certains imprimeurs (présents sur internet) et certains graphistes est fermé, chacun étant sur des positions arrêtées. Quel est ton sentiment par rapport à ça ?

Je ne pense pas que le dialogue soit fermé mais il y a effectivement une mésentente entre les graphistes et certains imprimeurs en ligne. Il faut dire que les faux témoignages que l’on peut voir sur leurs sites ou sur les fora, la pression qu’ils mettent sur certains blogueurs qui expriment leurs mécontentements face à une prestation ou encore le professionnalisme douteux quand on s’adresse au pôle technique n’arrangent vraiment pas les choses. De mon point de vue de graphiste, c’est une réaction naturelle de passionnés qui voient d’un très mauvais œil les imprimeurs discount qui misent tout sur la quantité avec un discours commercial essayant de pêcher des clients au chalut à grand coups de promotion.

Concrètement, quelles sont tes attentes face à un imprimeur ?

Pouvoir me proposer une prestation de qualité au prix juste. Ensuite, je suis très sensible aux différentes normes et certifications (écologique et colorimétrique) que peut acquérir un imprimeur ainsi qu’une politique générale éco-responsable qui sont, pour moi, un gage de qualité et de professionnalisme. C’est l’une et peut-être la seule raison qui me feront choisir un imprimeur plutôt qu’un autre.

J’attends également d’un imprimeur d’avoir un service technique (en PAO et en fabrication) compétent doublé d’un contrôle qualité en sortie pour maximiser la satisfaction client. De plus, j’attends également qu’il soit force de proposition si jamais il a des idées nouvelles pour améliorer une demande en impression. Pour moi, un imprimeur n’est pas qu’un exécutant et doit posséder en lui une part de curiosité, de passion et de créativité.

Quels sont pour toi les points sur lesquels les imprimeurs en ligne devraient s’améliorer ?

Il y a déjà un point dont les imprimeurs en ligne peuvent se vanter, c’est la communication et le marketing. Que ce soit au niveau du site web (design, discours éditorial, blog, module de devis en ligne, etc.) ou dans la maîtrise des réseaux sociaux.

Le principal problème est que les imprimeurs en ligne sont considérés comme des « discounteurs ». Certains assument totalement ce positionnement et d’autres essayent de sortir de cette considération.

Pour ceux là, je conseille de travailler sur la qualité des produits en sortie et d’avoir un positionnement professionnel qui passe déjà par des recommandations techniques cohérentes (PDF normé, job option, profil ICC, etc…). La possibilité également de pouvoir sortir un BAT certifié sur papier et non un BAT écran (la bonne blague…). Il serait également intéressant de proposer des échantillons de sortie machine (provenant des chutes ou de la gâche papier par exemple) afin que les clients puissent se rendre compte de la qualité réelle en sortie. Éviter les témoignages de clients bidons ou de non-professionnels qui discréditent totalement le discours marketing et plutôt travailler avec des graphistes ou agences qui sont leader d’opinion dans le métier et qui ont une influence et un rayonnement sur internet beaucoup plus important.

Pour en revenir à ton métier, où trouves-tu l’inspiration de manière générale et comment te formes-tu à toutes les nouveautés (logiciels, techniques, etc.) ?

Au niveau de l’inspiration, je la puise dans la vie de tous les jours. L’important est de garder les yeux ouverts et d’observer.
Je collectionne et j’accumule également beaucoup de documents et d’échantillons imprimés pour trouver des idées ou pour savoir la faisabilité de tel ou tel produit (ex : couverture NOVUM). Je pratique également une veille constante via twitter sur les blogs de différentes agences : For Print Only, Beast Pieces, Looks Like Good Design, From Up North, September Industry, etc…

Au niveau des logiciels et de la technique, je suis abonné à plusieurs magazines (France Graphique par exemple) et je lis et j’échange beaucoup sur les blogs et fora techniques avec des formateurs Adobe et autres personnes influentes et compétentes dans divers domaines.

Tu es le fondateur du hashtag #PrintIsNotDead sur Twitter, d’où t’es venue cette idée ?

C’est parti d’une constatation que je me suis faite en rentrant en IUT Multimedia : on étudiait le web, la 3D, la vidéo et très peu le medium papier. Je me suis donc dit : « L’imprimé est mort ? Comment ça se fait ? C’est arrivé tellement vite ! » C’est ainsi que je me suis intéressé au problème en approfondissant les possibilités qu’offre le média papier. Depuis, j’associe autant que possible ce hashtag à mes tweets pour réveiller les consciences et montrer que « oui, le print n’est pas mort, regardez ce qu’on fait de nos jours ! »

Un dernier mot pour la fin ?

Je te remercie Mamzelle Print pour cette interview et l’intelligence d’esprit dont tu as su faire preuve en privilégiant le dialogue à l’opposition bête et méchante d’opinions entre un imprimeur en ligne et un graphiste print.

Merci une nouvelle fois d’avoir accepté notre interview.

Nous vous invitons à partager vos avis sur le sujet dans les commentaires.

Catégorie : A la une, Interviews
  • Uninconnu

    J’ai toujours était fan du travail de JP, un virtuose du papier !

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